Un client m'appelle un lundi matin. Il veut changer de prestataire et il me demande s'il peut « récupérer son site ». Je lui pose trois questions : chez qui est votre nom de domaine, chez qui est votre hébergement, et qui a les accès administrateur.
Il ne sait répondre à aucune des trois.
Ce cas revient souvent. La plupart des gens qui possèdent un site WordPress ne savent pas de quoi il est fait, donc ne savent pas ce qu'ils détiennent. C'est exactement le sujet de cet article.
Les quatre briques d'un site WordPress
Un site WordPress en ligne repose sur quatre choses distinctes, souvent chez quatre prestataires différents.
Le nom de domaine. Vous ne l'achetez pas, vous le louez, généralement à l'année, auprès d'un bureau d'enregistrement (OVH, Gandi, Ionos). Le nom du titulaire déclaré dans le registre, c'est ce qui fait foi.
L'hébergement. Un espace disque sur un serveur, avec du PHP et une base de données MySQL ou MariaDB. C'est là que vivent les fichiers. C'est la brique que je paramètre en premier lors d'une création de site WordPress.
Les fichiers. Le cœur de WordPress, votre thème, vos extensions, vos images.
La base de données. Vos textes, vos pages, vos réglages, vos utilisateurs.
Retire une seule de ces briques et le site tombe. Un domaine expiré rend le site injoignable même si les fichiers sont intacts. Une base de données corrompue affiche une page blanche même si l'hébergement fonctionne.
Le point qui compte pour vous : ces quatre briques peuvent appartenir à quatre entités différentes. Et c'est là que les histoires tournent mal.
Les fichiers : ce qu'il y a réellement sur le serveur

Si vous vous connectez en FTP à votre hébergement, vous tombez sur une racine qui contient trois dossiers et une poignée de fichiers.
wp-admin contient l'interface d'administration. Vous n'y touchez jamais.
wp-includes contient les bibliothèques de WordPress. Vous n'y touchez jamais non plus.
wp-content contient tout ce qui est à vous. Votre thème dans themes, vos extensions dans plugins, vos images dans uploads. Ce dossier, c'est votre travail. Les deux autres se remplacent en téléchargeant WordPress à nouveau.
À la racine, deux fichiers méritent votre attention.
wp-config.php contient les identifiants de connexion à votre base de données, les clés de sécurité, et une série de constantes qui pilotent le comportement du site. C'est le fichier le plus sensible de l'installation. J'y consacre un article entier : le fichier wp-config.php en détail.
.htaccess gère les règles de réécriture d'URL sur les serveurs Apache. C'est lui qui transforme ?p=42 en /mon-article/. Un .htaccess cassé produit des erreurs 404 sur tout le site alors que les contenus sont toujours là.
Une chose que beaucoup ignorent : vos images ne sont pas dans la base de données. Elles sont sur le disque, dans wp-content/uploads, classées par année et par mois. La base ne stocke que le chemin vers le fichier. Ça explique pourquoi une sauvegarde de base de données seule ne suffit jamais.
La base de données : où vivent vos contenus

L'installation par défaut de WordPress crée douze tables.
Trois vous intéressent vraiment.
wp_posts stocke vos articles, vos pages, et aussi les révisions, les brouillons automatiques, et les entrées de la corbeille. Sur un site qui tourne depuis trois ans sans réglage particulier, cette table contient souvent plus de contenus supprimés que de contenus publiés.
wp_options stocke les réglages du site et ceux de toutes vos extensions. Une partie de ces données est chargée à chaque affichage de page. Quand cette table gonfle, le site ralentit sur toutes les pages en même temps, sans raison visible.
wp_users et wp_usermeta stockent les comptes. Le mot de passe y est haché, pas stocké en clair, ce qui veut dire que personne ne peut le lire, même avec un accès à la base.
Le reste concerne les commentaires, les catégories et les étiquettes. Le détail des douze tables et de leur poids réel se trouve dans l'article consacré à la base de données WordPress.
Ce qu'il faut retenir : votre site vit à deux endroits, le disque et la base. Sauvegarder l'un sans l'autre ne sert à rien.
Thème et extensions : la couche visible
Le thème décide de l'apparence. Les extensions ajoutent des fonctions.
Sur les sites que je livre, j'utilise Divi comme constructeur de pages. Ce choix a une conséquence directe sur ce que vous possédez : les mises en page construites avec Divi sont stockées sous forme de shortcodes dans la base de données. Si vous désactivez Divi, le contenu reste, mais il s'affiche en vrac.
Le même raisonnement vaut pour Elementor, WPBakery, ou n'importe quel constructeur. Ce n'est pas un piège, c'est le fonctionnement normal de ces outils. Mais vous devez le savoir avant de changer de thème.
WordPress lui-même est sous licence GPL. Le code du cœur vous appartient au sens où vous pouvez le copier, le modifier et le déplacer sans demander la permission à personne. Les extensions premium fonctionnent avec une licence annuelle qui donne droit aux mises à jour et au support, pas au droit d'utiliser le plugin. Une licence expirée ne désactive pas le site, elle coupe les mises à jour. Ce qui pose un problème de sécurité six mois plus tard.
Qui détient quoi : la question qui compte

Voilà les points à vérifier, dans l'ordre.
- Le nom de domaine. Vérifiez que votre nom ou celui de votre société apparaît comme titulaire. Un domaine enregistré au nom de l'agence est un domaine que vous ne contrôlez pas.
- Le contrat d'hébergement. S'il est au nom du prestataire, vous dépendez de lui pour tout accès au serveur.
- Le compte administrateur WordPress. Vous devez en avoir un, avec le rôle Administrateur, pas Éditeur.
- Les accès FTP ou SSH. Sans eux, aucune migration possible.
- Les licences des extensions premium. Si elles sont sur le compte du prestataire, vous perdez les mises à jour le jour où vous vous séparez.
Un prestataire honnête vous donne ces cinq éléments sans que vous ayez à les demander. Chez Five5Star, les accès sont livrés avec le site, systématiquement, et restés à votre nom pendant toute la durée du contrat de maintenance WordPress.
Ce qui casse quand une brique lâche
Quatre pannes reviennent, et chacune pointe vers une brique précise.
Le site affiche « Erreur de connexion à la base de données ». Le serveur MySQL est tombé, ou les identifiants dans wp-config.php ne correspondent plus. Rien à voir avec votre contenu.
Le site affiche une page blanche. Presque toujours une erreur PHP, causée par une extension ou un thème incompatible avec la version de PHP du serveur.
Toutes les pages renvoient une 404 sauf l'accueil. Les permaliens ou le .htaccess sont en cause.
Le domaine ne répond plus du tout. Renouvellement oublié, ou changement de serveur DNS.
Aucune de ces quatre pannes n'efface vos données. Elles cassent le lien entre les briques. C'est pour ça que la panique est rarement justifiée, et que sauvegarder son site WordPress reste la seule vraie assurance.
FAQ
Où sont stockées les images de mon site WordPress ?
Sur le disque du serveur, dans wp-content/uploads, classées par année et par mois. La base de données ne contient que le chemin d'accès et les métadonnées (titre, texte alternatif, légende).
Est-ce que je peux déplacer mon site WordPress chez un autre hébergeur ?
Oui, à condition d'avoir les fichiers et un export de la base de données. C'est une migration standard. La difficulté vient rarement de la technique, plus souvent de l'accès aux comptes.
Qui est propriétaire de mon site WordPress ?
Cela dépend de votre contrat. Le code de WordPress est sous licence GPL et n'appartient à personne en particulier. Votre contenu et vos visuels t'appartiennent. Le domaine appartient à celui qui est déclaré titulaire au registre, et l'hébergement à celui qui a signé le contrat.
Quelle différence entre WordPress.org et WordPress.com ?
WordPress.org, c'est le logiciel que vous installez sur votre propre hébergement, avec un contrôle total. WordPress.com est un service hébergé par Automattic, avec des restrictions sur les extensions et les thèmes selon la formule.
Ai-je besoin de comprendre tout ça pour avoir un site ?
Non. Mais vous avez besoin de savoir chez qui est chaque brique et qui détient les accès. Le jour où vous changez de prestataire, ces cinq lignes d'information valent plus que tout le reste.
Mon site ralentit avec le temps, est-ce normal ?
C'est fréquent. La base grossit, les extensions s'accumulent, les images non compressées s'entassent. Ça se corrige avec un diagnostic et des interventions ciblées, pas avec un plugin miracle : voir optimisation de la vitesse WordPress.
Ce qu'il faut retenir
- Votre site vit à deux endroits : les fichiers sur le disque, les contenus dans la base de données. Les deux doivent être sauvegardés.
wp-contentcontient tout ce qui est à vous. Le reste se retélécharge.- Cinq accès à vérifier aujourd'hui : domaine, hébergement, compte admin, FTP, licences.
- Les pannes classiques cassent le lien entre les briques, elles n'effacent pas vos données.
Si vous gérez un établissement et que votre site fait partie de vos outils de réservation, la question se pose encore plus vite : voir sites web pour restaurants.
Prenez dix minutes maintenant et vérifiez le titulaire de votre nom de domaine. C'est la seule brique qu'on ne peut pas récupérer sans l'accord de celui qui la détient.

